C’est l’histoire d’un….
Non, ce n’est pas l’histoire d’un mec… C’est l’histoire d’un projet qui devient process, c’est l’histoire du passage de la pratique à la théorie, c’est l’histoire d’un projet fantôme, et c’est aussi un peu l’histoire de Monsieur Jourdain.
L’accompagnement du projet PADeS (Pôle Alimentaire Départemental et Solidaire) sur le territoire du Pays de Lafrançaise en Tarn et Garonne visait initialement à accompagner un collectif (acteurs associatifs et caritatifs, élus, techniciens territoriaux et représentants d’organismes partenaires comme l’État ou la Chambre d’agriculture) dans la création d’une légumerie territoriale à visée sociale et solidaire.
Démarré en février 2025, cet accompagnement a donné lieu à la tenue d’une rencontre du Groupe d’Appui au Projet (GAP) intermédiaire en cours d’accompagnement, en septembre 2025. Ce temps dédié a permis aux porteurs de projet de présenter l’état d’avancement du projet aux partenaires et le scénario de mise en œuvre envisagé, de recueillir leurs avis et possibles engagements dans le projet. Constructive, très encourageante, cette rencontre a tracé une voie permettant l’atterrissage du projet dans les meilleures conditions possibles. C’était top, l’enthousiasme était de rigueur.
Et puis patatras…
Entre septembre et novembre, on est passé du top au flop, de l’enthousiasme à la frustration, presque à la colère. Le contexte national instable, les incertitudes budgétaires pour les acteurs associatifs et de l’ESS, le changement de positon de certains acteurs (recul sur l’engagement pour certains, différences de vision entre le niveau local et le niveau national pour d’autres, visions différentes sur la temporalité du projet entre membres du Groupe de travail) ont amené le collectif dans une impasse… heureusement temporaire.
Car comme il n’est jamais bon de rester sur des émotions négatives, les porteurs de projet ont pris du recul et de la hauteur, ont changé de lunettes, ont opéré un pas de côté. Bref, en faisant preuve de résilience plutôt que de repli sur eux, ils ont tiré des enseignements de la situation. Dans ce cadre, ils ont décidé que la confiance instaurée entre membres du groupe de travail autour de ce projet comme le temps investi collectivement ne pouvait pas ne pas déboucher. Ils ont aussi et surtout réaffirmé que le besoin auquel répondait le projet (donner accès à une alimentation de qualité à un public en précarité alimentaire) était toujours bien présent, de plus en plus présent même, et que l’intérêt du projet pour ses bénéficiaires et pour le territoire passait largement au-dessus de possibles intérêts particuliers ou conjoncturels. Le projet PADeS est alors devenu un projet fantôme, pour devenir autre chose.
Le groupe de travail est d’abord revenu aux bases : quel service rendre… pourquoi… en direction de qui… quelles fonctions assurer, comment… Dans ce temps-là, le collectif est finalement passé de l’idée de produire et de proposer un produit (des denrées alimentaires) à la fourniture d’une solution intégrée de services et de biens reposant sur la vente d’une performance d’usage ou d’un usage. Il ne s’agit donc plus de créer quelque chose ensemble mais de mutualiser (de l’expertise, du temps, des fonctions, des moyens…) autour d’un objectif commun : proposer des services, des usages autour de l’alimentation à un public cible. Il en ressort que la principale valeur créée par la dynamique du projet est une valeur immatérielle, qui tourne notamment autour de la force du réseau constitué, des capacités ou marges de manœuvre de chaque maillon, aujourd’hui parfaitement conscientisées et partagées.
Et sans le savoir, le collectif a inscrit son action dans la dynamique de l’Économie de la Fonctionnalité et de la Coopération.
Au-delà, entre fin novembre et mi-janvier, le Groupe de travail est entré dans l’opérationnel, a modélisé des expérimentations, a élaboré un budget, s’est projeté sur un plan d’actions pour 2026, a mis en place une organisation agile et un portage partagé, une gouvernance horizontale, une gouvernance d’actions avec des leaderships possiblement variables en fonction des sujets abordés.
Et sans le savoir, le collectif se dirige vers la création d’un Écosystème Coopératif Territorialisé, puisqu’un ECT est un ensemble d’acteurs construisant à l’échelle d’un bassin de vie une dynamique économique fondée sur la coopération, afin de prendre en charge un ou plusieurs enjeux correspondant aux grandes fonctions de vie (s’alimenter, se soigner, habiter, se déplacer, se former, se cultiver, travailler) dans une perspective écologique, de bien-être social et territorial.
Enfin, quand on est attaché à la coopération comme principal levier de développement des territoires ruraux, qu’il est plaisant d’entendre les porteurs de projet évoquer, lors du GAP Tremplin de fin d’accompagnement tenu le 16 janvier 2026, des éléments tels que la confiance qui s’est instaurée au sein du collectif et qui ouvre aujourd’hui des perspectives nouvelles, la puissance de l’action de personnes qui coopèrent, bien supérieure au plan local à celle de structures qui collaborent, la nécessaire prise en compte du temps long pour ancrer et rendre pérennes des actions, la possibilité de tester des choses, même de se tromper puis de les ajuster, d’expérimentations et de gouvernance à géométrie variable, de portage mutualisé, de faire la preuve par l’exemple…
Et sans le savoir, au fil du temps, le Groupe de travail acquiert les principales caractéristiques des collectifs à forte Maturité coopérative. 4 éléments caractérisent ainsi les collectifs à forte maturité collective.
1. Ce sont des écosystèmes apprenants composés de membres sachants et et de membres apprenants, qui se nourrissent les uns des autres.
2. Il n’y a pas de leader au sens Classique, mais des leadership contextuels, dynamiques et partagés. La coopération joue un rôle d’encapacitation et d’émancipation des individus.
3. La coopération est inconditionnelle. Elle ne signifie pas être d’accord en permanence, mais l’art de savoir vivre dans le désaccord.
4. La coopération implique la réalisation de l’œuvre mais aussi le plein épanouissement des membres.
Et sans le savoir, le projet fantôme PADeS se transforme en une Fabrique à Projets, Services, Usages et Pratiques Alimentaires.
« Par ma foi, il y a plus de 40 ans que je dis de la prose sans que je n’en suce rien »
Monsieur Jourdain
« Par la foi de l’Adefpat, il y a plus de 20 mois que vous vous dirigez vers un Écosystème Coopératif Territorialisé (ECT) sans que vous n’en suciez rien »
Adefpat
Accompagnement par Daniel Lasaygues, Consultant Formateur Adefpat
Accompagnement financé par des fonds FEADER et de la Région Occitanie
Accompagnement en partenariat avec la communauté de communes du Pays de Lafrançaise